Division 1 Baseball
Publication } 03-04-2026
En 2024, la Fédération Française de Baseball et de Softball fêtait ses 100 ans. Deux ans plus tard, c’est au tour du championnat de France de célébrer son centenaire, lui qui débuta son aventure au printemps 1926.
Aux origines du championnat (1924–1926)
Quoique, pour être plus précis, cette aventure débuta plutôt en 1925, année qui fut retenue par la jeune Fédération Française de Base-Ball, créée le 30 octobre 1924, pour lancer son championnat phare. Mais le projet ne se réalisa pas, l’organisation fédérale n’étant pas encore assez mûre pour mettre en place le championnat. Il faut dire que si le baseball était bien vivant sur la capitale à cette époque, il était surtout très américain.
Quand la fédération est fondée, le baseball français se concentre principalement autour de Paris et est organisé depuis la fin de la Première Guerre Mondiale par les expatriés américains, notamment Gaston François, un citoyen du pays de l’Oncle Sam mais d’origine française par ses parents. Il débarque en 1919 pour le compte de la YMCA avant de prendre en charge le centre méthodiste de Paris. Très rapidement, il organise le baseball parisien autour de la Paris Baseball League (il en fera de même avec le basketball).
Celle-ci se compose de diverses équipes au cours de son existence, des équipes composées à majorité de citoyens américains comme le Bedford Eco, la Légion Américaine, les étudiants du Memorial Athletic Club ou le Clef Club (équipe formée de musiciens africains-américains présents dans les clubs de jazz parisiens). On y trouve aussi l’équipe de l’ambassade du Japon et le Ranelagh Baseball Club, seul club français de l’époque mais comprenant aussi des joueurs américains.

Une dynamique déjà en place
Quand l’idée vient de créer un championnat de France, la Paris Baseball League est bien organisée. Depuis 1923, son équipe championne ou une sélection de ses meilleurs joueurs affrontent les Américains de Londres dans ce qui est appelé officiellement la coupe d’Europe.
La sélection de 1924, surnommée les Paris Pets ou Paris All-Stars, va d’ailleurs jouer cette coupe d’Europe tout en participant, face au Ranelagh BC, à un match de démonstration lors des Jeux Olympiques de Paris, le 18 juillet dans le stade olympique de Colombes.
Ses officiels vont même initier, durant plusieurs mois de 1924, les parisiennes pour organiser des équipes féminines de baseball, avec l’aide du grand club féminin omnisport du Femina.
Une cohabitation organisée
La jeune fédération doit donc composer avec cette réalité. Elle doit augmenter le nombre de joueurs et de clubs français, tout en se développant aux côtés des Américains.
Pour cela, elle peut compter sur un homme clé, un pionnier du baseball français, Jacques Séraphin. Président et lanceur du Ranelagh Baseball Club, il est à la fois l’un des fondateurs de la FFBB, dont il devient le secrétaire, et un pilier de la Paris Baseball League. Possiblement le meilleur joueur français de l’époque, il est surnommé par les Américains, le Napoléon du baseball français.
Plus globalement, les Américains ne voient pas d’un mauvais œil l’arrivée de la fédération française. Au contraire, c’est le signe que leur travail de propagande, terme en vogue à l’époque pour évoquer les actions de développement et de communication, fonctionne et que le National Pastime s’inscrit durablement en France.
Les deux organisations décident donc de coopérer, se réunissant début 1926 pour définir les contours de cette vie à deux sur le territoire parisien. Afin de ne pas surcharger le peu de terrains disponibles pour la pratique du baseball dans la région de la capitale, il est décidé que la Paris Baseball League jouera ses matchs le samedi, la tradition religieuse américaine voulant qu’on ne joue pas de match les dimanches, et le championnat de France se voit donc attribuer les dimanches pour sa compétition. Si des équipes pourront participer aux deux championnats, il faudra que leur équipe soit composée de français le dimanche. Une règle limite le nombre d’Américains à quatre dans une équipe française, ce qui va d’ailleurs créer une polémique lors de la finale quelques mois plus tard.
Le lancement du championnat (1926)
La saison parisienne de baseball est lancée le 1er avril avec une réunion où les clubs désireux de rejoindre le championnat de France pourront débattre les questions techniques et réglementaires. Puis les semaines suivantes, une série d’entraînements, de rencontres amicales et de cours techniques ont lieu afin de faire monter en compétences des équipes formées essentiellement de débutants.
Huit équipes sont sur la ligne de départ de cette saison inaugurale du championnat de France :
- Le Ranelagh Baseball Club, formé au début des années 1920 sur les traces d’équipes ayant déjà évolué au Ranelagh précédemment. C’est l’un des deux clubs fondateurs de la fédération présent dans le championnat.
- Le Bedford Eco, club corporatiste de la Bedford Petroleum, devenue en France Eco-Essence, filiale de la grande entreprise américaine Standard Oil Company, dont l’un des dirigeants était Edward Thomas Bedford. L’équipe, dans sa version américaine, est l’un des piliers de la Paris Baseball League et a été couronnée championne d’Europe après sa victoire sur les Londoniens en 1925. C’est le second club fondateur de la fédération présent dans le championnat.
- Le Racing Club de France, qui renoue avec le baseball après avoir été l’un des premiers clubs à se lancer dans la discipline en France. La première tentative de créer une section baseball au RCF eut lieu en 1898 avec des joueurs français et américains, souvent issus de la section rugby. Il en sera de même lors d’une nouvelle tentative, plus fructueuse cette fois-ci, en 1913, avec notamment Allan Muhr, pionnier du baseball français mais aussi excellent rugbyman. Le RCF sera un des clubs phares et dynamiques du baseball français d’avant-guerre.
- L’AS Transports, club des employés de la STCRP (Société des Transports en Commun de la Région Parisienne, future RATP).
- L’Etoile Sportive Passy, parfois aussi dénommé AS Passy selon les articles de journaux de l’époque, qui est un club de football.
- Union Athlétique Intergadz’Arts, club omnisport regroupant notamment des étudiants et ingénieurs de l’école nationale supérieure des Arts et Métiers.
Le Racing Club de France et le Bedford Eco présentent deux équipes en 1926. Pour le Bedford Eco, il y l’équipe de Paris et celle de Saint-Ouen.
Les huit participants au premier championnat de France sont réparties en deux poules, A et B.
A : Racing Club de France A, AS Transports, Bedford Eco Saint Ouen, ES Passy
B : Ranelagh BC, Racing Club de France B, Intergadz’Arts, Bedford Eco Paris
Les terrains et l’organisation
Les matchs se déroulent sur Paris ou Petite Couronne, notamment au stade de l’AS Transports aux Lilas, à Sucy-en-Brie chez l’UA Intergadz’Arts, à Colombes chez le RCF ou encore à Bagatelle dans le 16ème arrondissement de Paris. Précédemment, des entraînements eurent également lieu sur le terrain du Cercle Athlétique de Montrouge, à côté du stade Buffalo, ou sur le terrain d’aviation d’Issy-les-Moulineaux. Les cours techniques ont eu lieu au gymnase de l’Elan, lieu pionnier du basket français et aujourd’hui détruit, qui se situait au 79 avenue Denfert-Rochereau à Paris.
Le championnat, bien qu’il mise avant tout sur des joueurs français, reste une compétition ouverte à l’international puisqu’on compte des entraîneurs et joueurs américains, issus de la Paris Baseball League, mais aussi une batterie 100% cubaine au sein d’une des équipes du Bedford Eco, avec les joueurs Rodrigue et Nieves. Parmi les joueurs français, on retrouve de futurs membres de l’équipe de France et plusieurs membres des bureaux fédéraux présents ou à venir : Jacques Séraphin (membre fondateur, secrétaire général 1924-1927), René Goulka (Intergadz’Arts, trésorier adjoint 1933-1934, vice-président 1955-1964), Daniel Massé (AS Transports, secrétaire général 1929-1943) et Marcel Reichel (membre fondateur, secrétaire général 1927-1931).

Si la Paris Baseball League débute le 22 mai, le championnat de France commence, quelques semaines plus tard, le 13 juin mais cette première journée semble reportée pour cause de pluie, même si l’une des équipes, l’AS Transports, gagne son match par forfait face au Bedford Eco. Il faut donc attendre la semaine suivante, le dimanche 20 juin, pour voir les premières rencontres effectives du championnat de France.
Les matchs se poursuivent tout l’été jusqu’au jour de la finale, qui débute le 22 août à 15h00. Celle-ci se déroule au stade olympique de Colombes, ou, plus précisément, à côté de celui-ci, sur un terrain derrière la tribune de Marathon, l’une des deux grandes tribunes couvertes latérales du stade. L’entrée est payante mais la finale ne fera pas recette. Avec une vingtaine d’Américains et une cinquantaine de Français comme public, la recette s’élève à un maigre 72 francs, soit environ 55 euros, l’entrée étant à 2 francs (1,50 euro).
Le déroulement et la finale
Côté terrain, cette ultime rencontre du premier championnat de France met aux prises le Ranelagh BC, grand favori, et l’AS Transports. Mais la FFBB ayant permis le renfort possible d’Américains dans les équipes, jusqu’à quatre, l’AS Transports ne s’en prive pas et l’équipe, talentueuse mais encore jeune et inexpérimentée, se fortifie avec quatre des meilleurs joueurs américains de la Paris Baseball League, dont Gaston François. Stratégie payante puisque l’AS Transports l’emporte 15 à 10 et conquiert le premier titre officiel de champion de France de l’histoire du baseball français. Ce résultat surprenant n’est pas sans créer des remous. On s’étonne, par voie de presse (probablement Jacques Séraphin qui écrit régulièrement dans les journaux sportifs de l’époque), que l’AS Transports, équipe relativement faible jusque-là, puisse, grâce à l’ajout de quatre américains en finale, surclasser l’équipe expérimentée du Ranelagh, bien que celle-ci ait également bénéficié de talentueux joueurs américains. Ce à quoi Daniel Massé, joueur président de la section baseball de l’AS Transports, répondra que cette règle était connue de tous dès le début du championnat et qu’elle avait pour but de permettre le meilleur niveau possible pour cette première édition et ainsi faire progresser les joueurs français.

Néanmoins, pour la saison suivante, il est déjà décidé de baisser le nombre de renforts américains à trois par équipe avec interdiction de les positionner dans la batterie.
Ainsi se termine la première saison du championnat de France de baseball. Une semaine plus tard, le samedi 28 août, c’est au tour de la Paris Baseball League de rendre son verdict au stade Elisabeth, dans le 14ème arrondissement de Paris, avec la victoire de la Légion Américaine face au Memorial Athletic Club. Quant au Ranelagh BC, il prendra sa revanche en remportant le titre, trois fois d’affilée, en 1927, 1928 et 1930 (pas de championnat en 1929).
Une histoire plus large
Cependant, il serait faux de croire qu’il s’agit là des deux seuls championnats de baseball à se dérouler sur un territoire géré par l’État Français en 1926. Car, à presque 1500 kilomètres de là, une autre histoire prend vie au même moment, un autre championnat décidé en 1925 et qui se déroule en 1926 : le premier championnat de la ligue tunisienne de baseball. Le début d’une des grandes aventures du baseball français.
Mais ceci est une autre histoire pour une autre publication.
Article réalisé en collaboration avec l’Association pour l’Histoire du Baseball et du Softball Français, et écrit par son président Gaétan ALIBERT, également membre de la commission Sport et Citoyenneté.
Communiqué du Comité Fédéral d’Ethique